Aujourd’hui, deuxième épisode de mon cours Economie des Médias auprès des étudiants de 4ème année de Sciences Po Rennes. L’objectif de la séance est d’entrer dans le paysage médiatique via l’actualité du secteur depuis septembre 2011, afin de leur montrer que la destruction actuelle de médias traditionnels s’accompagne d’une période très dynamique en termes d’évolution des anciens médias et de créations de nouveaux médias. Cette séance permet également de donner quelques médias à suivre au cours des prochains mois, et d’aborder les questions économiques que nous allons tenter de détailler au cours des prochaines séances. Je n’ai pas cherché à être exhautif lors de cette séance, je n’ai pas détaillé toutes les illustrations présentes sur les slides, et je les ais également augmenté au cours de la semaine. J’accompagne les slides de la séance disponibles en ligne (partie 1 et partie 2) par ce petit billet. Bonne lecture :) Post-scriptum : J’en ai écris beaucoup plus que je n’avais prévu. Aussi, ce billet est disponible en ligne, téléchargeable au format PDF sur Slideshare.
La destruction de la presse quotidienne et de petites annonces en France
L’hémorragie de la presse n’est pas vouée à s’arrêter. Le nombre de journalistes est en baisse et la précarité augmente (Observatoire des métiers de la presse et Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels). Si les journalistes ont toujours la passion du métier, ils sont également «démoralisés» par la crise et la précarité ambiantes de la presse, et aucunement «rassurés» par le passage au numérique (Baromètre du moral des journalistes). Cette situation entraîne dès lors des manifestations et des grèves pour la défense de l’emploi et du métier : Le Parisien et Les Echos ne sont pas épargnés, deux journaux a priori moins touchés que les autres, a priori seulement ! Les journaux quotidiens commencent à tomber : France Soir est le premier, plus de papier, uniquement une version en ligne.
Je me suis un peu attardé sur le cas France Soir pour parler aux étudiants de la loi protégeant la presse française pour éviter qu’elle passe en main étrangère, de la naturalisation rapide du propriétaire russe et de ces quelques 70 millions d’euros alors que personne ne voulait reprendre le titre, de l’état désastreux à ce moment-là de la diffusion de France Soir, des 50 dernières années où le quotidien a vu son image s’effriter, et malgré cela, du soutien public et de cette croyance folle que l’argent permettrait de relancer rapidement un quotidien inconnu des lecteurs actuels, de l’étonnement et de l’émotion de la disparition de ce journal en fin d’année dernière, de la part du milieu médiatique, le grand public ne s’étant rendu compte de rien. Et en ce qui concerne le web ? Ben rien justement avant les prochains mois, sans assurance de pouvoir se faire une place dans le paysage médiatique. Je n’ai pas utilisé la petite étude réalisée en novembre dernier sur l’échec de la stratégie de France Soir au cours de ces dernières années. Elle est disponible en ligne «Victoires et Déboires de France Soir» pour ceux qui souhaitent approfondir cette institution du journalisme français.
Mais France Soir n’est que le premier quotidien français à s’en aller. La Tribune, qutodien économique et financier, est en vente, le résultat n’est pas encore connu, mais la tendance semble allée vers une édition hebdomadaire et une édition en ligne. Est-ce une surprise ? Non, l’histoire de La Tribune n’a jamais été un long fleuve tranquille, le quotidien a été acheté et vendu plusieurs fois, le management n’a cessé de changer, Bernard Arnault avait vendu La Tribune à Alain Weill pour racheter son concurrent Les Echos en 2007, lequel l’a revendu pour 1€ en 2010, et l’idée d’abandonner une diffusion en kiosque s’était déjà posée. Les Echos cherchent à entrer dans une nouvelle ère, ils se réorganisent et se mettent en ordre de bataille sur le numérique, on assiste alors à une sorte de mercato au niveau managérial : le nouveau PDG Francis Morel est celui qui a réalisé la diversification du Figaro, et la stratégie numérique est confiée à Frédéric Filloux, grand observateur de l’évolution du paysage médiatique international (mais pas seulement), sa Monday Note doit faire partie de vos lectures hebdomadaires. En ce début d’année, il ne va donc rester plus que 7 quotidiens nationaux d’information générale et politique, en plus du seul quotidien sportif L’Equipe. L’hémorragie va-t-elle s’arrêter à eux où certains autres vont-ils suivre le même chemin ? Les deux plus faibles diffusions sont L’Humanité et La Croix, au-dessous des 100 000 exemplaires distribués. Si le fait d’être les deux quotidiens (de niche) à avoir la plus grande proportion d’abonnés les protège (fidélité) à court terme, n’est-ce pas un inconvénient (coût du renouvellement de son lectorat) à moyen terme ? Jetez un oeil du côté des données disponibles en ligne au niveau de l’OJD pour la diffusion (acheteurs) et d’Audipresse pour l’audience (lecteurs).
Mais passons aux petites annonces, le premier pan de la presse a être passé en masse sur l’Internet. La presse a râté cette transition voilà dix ans, elle continue à en payer le prix. La leçon du Minitel ne semble pas avoir été retenue. Il demeure quelques survivants, mais semble-t-il plus pour très longtemps. Ainsi, la mise en liquidation de Paru Vendu, c’est tout de même 1 650 emplois en jeu. Certes beaucoup moins qu’il y a quelques années, mais beaucoup plus que les deux quotidiens en voie d’extinction, moins de 150 salariés chacun. En allant sur l’OJD, je recense 259 éditions locales différentes de Paruvendu, un tirage hebdomadaire allant de 7 000 à 287 120 exemplaires (fortes inégalités avec une moyenne de 44 722 et une médiane de 38 600), pour un total de 11 314 600 exemplaires, rien que ça me direz-vous. Toujours sur l’OJD, mais du côté de l’audience en ligne, le marché des petites annonces ressort dominé par Leboncoin.fr (un pure-player) et Paruvendu est très loin derrière. Pour information, Ouest-France a vendu ses parts de Leboncoin.fr à son partenaire Schibsted en 2010. Par contre, les deux demeurent partenaires dans 20minutes, le gratuit le plus lu mais surtout le quotidien français le plus lu, devant la presse payante, il faut le savoir.
Avec cette hécatombe, les débats sur l’indépendance, le pluralisme et la démocratie reviennent sur le devant de la scène, le satirique Charlie Hebdo brûle, tout celà c’est du pareil au même. Ce discours est voué à refaire surface régulièrement, rien ne nous indique que cette lente agonie va s’arrêter, bien au contraire. Les internautes préfèrent l’information en ligne au papier (Baromètre de confiance dans les médias), et ils deviennent toujours de plus en plus nombreux.
Le lancement du Huffington Post en France, événement du jour
Le développement de l’Internet n’a de cesse de se poursuivre, la période actuelle est très dynamique, de nouveaux acteurs émergent en nombre. L’événement de la semaine va être le lancement au moment même de la séance du cours du Huffington Post en France. Il nous faut prendre un peu de temps sur le Huffington Post, même si je ne peux tout dire compte tenu du temps imparti, une petite séance de deux heures seulement. Ce pure-player américain est devenu le premier site d’information américain, dépassant le New-York Times ; il est d’ailleurs selon Alexa (ou encore Google Trends)également le premier site d’information au niveau international devant le New-York Times ou encore le Daily Mail anglais. Il a été créé en 2005, il a mis en place une véritable forte de frappe en termes de production (ou d’imitation) de contenu : célébrités, politiques et experts associés à une foule de blogueurs, le tout encadré par une rédaction de plus en plus nombreuse, cette plateforme laisse également une grande place à ses lecteurs. Rapidement, l’audience grandissante, la partie publicité a été développée de manière extrêmement efficace. Le Huffington Post est devenu rentable et a attiré les convoitises.
Le vieil acteur AOL du jeu vidéo était devenu un acteur historique de l’Internet, grand fournisseur d’accès Internet et portail d’informations, avait gagné toute sa reconnaissance avec la fusion avec le vieil Time Warner en 2000. Mais rien n’a fonctionné, tout est partie en vrille pour lui, et il n’est plus que l’ombre de lui-même, en perdition continue. Il souhaite se refaire une jeunesse et s’oriente vers les contenus et les informations. Il s’offre alors dans la foulée une palette de sites, dont le plus important dans l’information high tech, le célèbre TechCrunch de Mickael Arrington, pour 25 millions de dollars, et le plus important dans l’information politique et générale, la star Huffington Post de Arianna Huffington, ce dernier pour rien moins que 315 millions de dollars. C’est un peu la dernière chance, Arianna devient la grande reine de la vitrine média de AOL. Il est alors temps d’aller à la conquête du monde, l’Europe n’y échappe pas, la France non plus. Au dernier trimestre de l’année passée, elle annonce alors le lancement pour janvier de la version française, en grande pompe, la scène médiatique de la métropole frétille : un partenariat avec Le Monde, et Anne Sinclair aux commandes.
Oui tout le monde a bien entendu, Le Monde est dans l’aventure. Depuis que les trois nouveaux propriétaires, Pierre Bergé l’ancien, Xavier Niel le geek et Matthieu Pigasse, le banquierockuptible, ont repris Le Monde en 2010, les changements stratégiques n’étaient pas visibles de l’extérieur. C’est chose faite et en plus ils font même d’une pierre deux coups. En effet, Le Monde se débarrasse enfin de la tâche du Groupe, ce média social du nom de Le Post, cet objet où rédaction et amateur produisent ce qu’il n’est pas envisageable d’appeler des articles, et où tout le monde peut voter, objet trop populaire, de piètre qualité, la honte du journalisme. Et en plus, en l’espace de deux années, Le Post dépasse les 3 millions de visiteurs uniques, un gros, très gros succès. Depuis, aucune évolution, il est donc en grosse perte de vitesse alors que les autres sites d’informations voient leurs audiences croître. Le Post renvoit vers le Huffington Post français depuis ce matin, il disparaît de la surface de l’Internet, tout simplement. Le Monde ne raconte rien de plus. Ce «truc» était populaire mais pas (encore ?) rentable. Mais finalement, le succès pourrait être reproductible, Le Post s’en va du Monde et Le Plus ouvre au Nouvel Observateur.
Revenons au lancement de ce matin du Huffington Post. Le cours ne commençant qu’à 10h30, j’ai eu le temps d’observer toute l’effervescence du milieu de la presse avant la grande conférence : des gazouillis à tout va, des crépitements en veux-tu en voilà, des billets, des articles, des... Mais que se passe-t-il ? Le monde de l’information semble tout excité par cette arrivée sur le territoire français. Un peu comme si une formule magique allait être dévoilée, permettant de définir LE bon modèle économique, celui qui permettrait de gagner de l’argent et de compenser les pertes papiers. Mais ce fut de courte durée, certains rappellent que si le succès américain se reproduit, il y aura des pertes parmi les médias français en ligne, à cause soit de l’audience, soit de la publicité (voir Erwan Gaucher). D’autres sont interpellés par le Huffington Post, jeune de 7 ans et qui déjà se comporte comme un vieux médias, sans jamais en profiter pour toiletter le design de son site, pas très orienté expérience utilisateur (voir Geoffrey Dorne). Et revient sur le devant de la scène la concurrence entre journalistes et blogueurs, et le fait que les blogueurs ne sont pas rémunérés alors qu’ils vont participer à la réussite de ce nouveau site, le gain en terme de visibilité ne suffisant aucunement face à la machine de guerre américaine.
Autant dire que j’arrive en cours en me demandant combien de temps le mariage entre le Huffington Post et Le Monde pouvait durer avant que l’abysse éditorial entre les deux ne devienne insupportable ? Mais la différence entre Le Post et le Huffington Post n’est pas négligeable : la possibilité de brasser rapidement de l’argent, raison suffisante pour ne pas faire étalage sur la place publique de désaccords futurs. En tous les cas, ce nouveau média en ligne est à suivre, surtout avec l’arrivée des élections présidentielles.
L’émergence et le développement des médias nationaux en ligne en France
J’ai passé très clairement beaucoup trop de temps à discuter du Huffington Post, j’ai par la suite dû accélérer le rythme, survolant Le Lab d’Europe 1 pour le meilleur du web politique, Quoi.info pour vous expliquer l’actualité de manière simple et ludique, The Pariser sur le modèle de The New-Yorker, magazine en ligne cosmopolitain et sophistiqué. J’ai tout juste pris le temps de parler de Newsring : il ne traite pas de l’information de manière traditionnelle mais il propose une plateforme aux usagers pour débattre autour de questions d’actualités, chacun peut poser une question, répondre par oui ou par non, puis argumenter. A l’origine de ce nouvel acteur, Frédéric Taddei, spécialiste de la confrontation des points de vue à la télévision, et le non moindre Julien Jacob, grand spécialiste des sites d’informations en ligne. Mais à peine lancé que les diffcultés internes émergent, avec la départ (entre autre) de son rédacteur en chef, Philippe Couve, portant toujours indiqué comme tel sur le site. Est-ce de mauvaise augure ou pas ? Affaire à suivre en tous les cas, cette plateforme de débats est plutôt nouvelle dans le paysage médiatique en ligne.
Je ne me suis pas arrêté longtemps sur L’Express.fr, pourtant un acteur en mouvement sous la houlette d’Eric Mettout. Le lancement de leur Express Yourself : tout le monde peut commenter les articles ou rédiger des chroniques culturels, mais maintenant chacun doit s’identifier personnellement. Ne plus se cacher derrière un pseudonyme pour rehausser le niveau des discussions. Et en plus, un travail de valorisation de ces nouveaux acteurs avec une possible présence en Une, voire être la chronique en haut de la home page. Mais la récompense ultime n’est autre que l’écharpe rouge de Christophe Barbier. Des changements à entrevoir du côté de l’audience ? de l’abonnement ? C’est tout nouveau, il faut attendre. L’autre grande nouveauté n’est autre que FranceTVInfo, l’actualité en continue réalisée par un journaliste et les usagers qui le souhaitent (modération apriori), on discute, on répond, on complète et ainsi de suite, avec un format de style fils d’actualités à la Facebook. Cette plateforme a été saluée par toute la profession. Enfin, la télévision publique se mettait à faire quelque chose en ligne, une sorte de prémisses à un rattrapage de son retard à venir ? A la tête de la stratégie numérique, Bruno Patino a un budget de quelques 30 millions d’euros et un conseiller en veille et innovation du nom de Eric Sherer, ce qui nous promet d’autres nouveautés à venir. Mais déjà les murmures émergent, le secteur public venant empiéter sur les plates bandes du secteur privé. Déjà que ce n’est pas facile de gagner de l’argent sur le web, alors si le public se met à innover et à attirer l’audience, cela ne peut qu’être préjudiciable. Eternel débat.
Je suis passé en courant sur Mediapart. Lancé en 2008 avec 3 millions d’euros, Mediapart s’est rapidement imposé dans le paysage médiatique malgré son modèle payant sans publicité, à l’opposé de tous les autres pure player à l’époque. Et ne négligeons pas l’impact de deux éléments non négligeables : d’une part, l’abonnement institutionnel de type bibliothèque universitaire (la majorité des étudiants connaissent Mediapart dans mon cours, beaucoup Rue89, très peu Owni, quasiment aucun Slate) ; d’autre part, la publication de plusieurs livres très bien placés au niveau de l’actualité, avec de bons résultats en terme de ventes. Et un peu de syndication internationale si je ne m’abuse. Bien évidemment, la capacité de Edwy Plenel à faire parler de lui et de Mediapart n’est pas à sous-estimer. A la fin de l’année 2011, Mediapart compte 56 000 abonnés, a réalisé un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros et a dégagé un bénéfice de 500 000 euros. Belle réussite. A côté de quoi les Rue89, Slate et Owni ne parviennent pas à atteindre l’équilibre. D’ailleurs Rue89, l’information à trois voix, s’est fait racheter par Le Nouvel Observateur, en toute indépendance bien évidemment, pour un montant proche de 8 millions d’euros. Ce n’est pas anodin dans les deux sens : les pure player ont des difficultés à faire de l’argent sur le web malgré leur audience et leur image, alors que les anciens acteurs ont des difficultés à se construire une image et à jouer avec les médias sociaux, mais ils demeurent capables d’apporter de l’argent frais.
Mais ces jeunes médias en ligne sont-ils si nouveaux qu’ils le prétendent ? En tous les cas, ils sont vite parvenus à s’organiser pour pouvoir défendre leurs intérêts face à la presse traditionnelle présente en ligne et à tous les autres concurrents potentiels que représentent les forums et les blogs, entre autre (au niveau de l’audience). En effet, Pierre Haski (ex Libération), Jean-Marie Colombani (ex Le Monde) et Edwy Plenel (ex Le Monde) ne sont pas novices dans le secteur de l’information. Ces trois pure player participent très rapidement à la création du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne en 2009 (SPIIL), rejoint par d’autres acteurs dont Owni. Ils obtiennent alors le statut d’éditeurs en ligne. Ce statut se définit par plusieurs caractéristiques, l’analogie à la presse imprimée est clairement réalisée, par exemple le contenu doit utiliser essentiellement le mode écrit, la place de la publicté doit être limitée et le traitement de l’information doit être réalisé par des journalistes. Ce statut n’est pas sans conséquence économique : pas de taxe professionnelle et la possibilité d’obtenir des aides publiques en provenance du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne. Rapidement, Rue89 obtient 249 000 €, Mediapart 200 000 € et Slate 199 000 €, Rue89 obtenant également des financements de l’appel à projets sur le Web 2.0. Plus récemment, le SPIIL souhaite voir appliquer une TVA de 2.1% aux éditeurs en ligne, Mediapart part alors au front en l’appliquant sans attendre.
Et finalement, l’idée de rappeler que dans toute période de création de nouveaux acteurs, certains fonctionnent pendant que d’autres ne prennent pas, voir échouent totalement. Il en va ainsi de JaimeLinfo lancé par Rue89 mais sans communication auprès du grand public, totalement inconnu au-delà du microcosme, alors que KissKissBankBank reçoit un nombre non négligeable de doigts levés dans la salle de cours, petite suprise de ma part. Nous pourrions également y inclure Frenchleaks, une sorte d’équivalent de Wikileaks lancé par Mediapart, mais avec peu de contenu et peu de mises à jour. Egalement, il me semble important de rappeler la fermeture de Wikio, cet agrégateur d’actualités de la blogosphère qui n’a pas pris auprès des internautes français (mais où était le plan de communication ?) mais qui a permis de montrer que le statut de blogueur influent était important pour ceux qui l’obtenaient, et que la concurrence des blogueuses influentes n’étaient pas des plus appréciés : à ce niveau de réputation, il ne faut pas mélanger la high tech et la cuisine, la qualité ne peut être la même, qualité bien évidemment définie par les acteurs eux-mêmes. Mais Wikio ne disparaît pas totalement, toutes les méthodes mises en oeuvre pour sonder, indexer et hiérarchiser la blogosphère permet à eBuzzing de devenir une régie publicitaire des plus intéressantes pour un ciblage performant de la part des annonceurs.
A partir de là, le sprint a littéralement commencé :)
Les médias hyperlocaux ne sont pas en reste
La création de nouveaux médias hyperlocaux est également très dynamique, la question du modèle économique est présent sans aucune exception. Libération avait mis fin à ses Libévilles, Rue89 prend la relève avec Lyon et Marseille, sans oublier les partenariats locaux (RennesTv.fr entre autre). La presse régionale n’est pas en reste, plutôt active en ce moment, Ouest-France en tête avec la création de gratuits locaux, éviter que la publicité ne parte ailleurs, autant se cannibaliser soi-même (un site est associé à chaque nouvel création). Ouest-France vient également de sortir sa première application pour smartphone, mieux vaut tard que jamais. Son concurrent breton tente de se faire une place dans la capitale bretonne : Le Télégramme prend une participation dans Le Mensuel de Rennes (et du Golfe). La ville de Vincennes voit un site se développer, lequel engendre un hebdomadaire papier dans la foulée, le bien nommé Vincennes Hebdo. A Toulouse, il s’agit de CarréInfo, et à Dijon, Dijonscope passe au modèle payant du style la tentative de la dernière chance. La ville de Rennes n’est pas en reste, loin s’en faut. Unidivers propose de l’information culturelle et spirituelle en ligne, avec bientôt un magazine également mensuel, à Rennes et en Bretagne. RennesTv.fr, site d’information orientée politique et culture, lancé par deux collaborateurs, propose une entrée par la vidéo, avec un partenariat avec Rue89. Yegg magazine féminin par trois filles héroïcomiques paraîtra le mois prochain au format papier, en attendant il y le site et le numéro 0. Et prochainement, un site Breizhnews verra le jour, sans autre précision. Et pour le mois prochain, un nouveau site d’information locale orientée politique et journalisme de données doit apparaître, il porte pour le moment le nom de Rennes1720. Est-ce trop ? Y-a-t-il autant de manques laissées par les acteurs en place ? Y-a-t-il une demande audience / annonce suffisante pour tous ?
Les nouvelles formes médiatiques
Mais avec tout cela, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour aborder les nouvelles formes médiatiques en France, celles qui cherchent à profiter des potentialités des nouveaux supports pour offrir une nouvelle narration de l’information. La France me semble relativement en retard sur cette problématique, l’influence de la presse traditionnelle semble plus pesante qu’ailleurs, et le copier-coller du papier au web puis au smartphone à la tablette, ressort encore comme beaucoup trop présent en la matière, se refusant de voir ailleurs, et d’entrer dans une logique d’essais et d’erreurs. J’ai commencé par aborder le petit laboratoire Owni de l’information en ligne. Il fait aujourd’hui parti du paysage médiatique français et il est reconnu au niveau international. Une page d’accueil différente des autres, il s’est spécialisé dans le journalisme de données, très régulièrement mais également ponctuellement avec du «fact checking» lors de discours politiques, des ateliers «hack the press» ou encore des gros dossiers à partir de la mobilisation de données en provenance de Wikileaks, seul média en France à le faire. Certes, Owni n’est ni le New-York Times ni The Guardian, lequel a montré clairement qu’il y avait un public pour ce nouveau format d’information. Mais très clairement, il bénéficie d’une totale absence des autres médias dans ce domaine. Mais le temps passant et les élections présidentielles arrivant, le journalisme de données semble une tendance à venir au cours des prochains mois. Nous avons vu des prémisses émergées lors des primaires socialistes (la collaboration Linkfluence et Le Monde par exemple), mais également en décembre le premier concours français de dataviz organisé rien moins que par Google sur les élections à venir. Cela a permis clairement de montrer qu’il y avait du potentiel en France, d’ailleurs de nombreuses start-ups ont émergé ces dernières années. Il ne reste plus qu’aux médias à s’en saisir pleinement.
J’ai du passer très rapidement sur le webdocumentaire (voir Morgane Gaulon Brain), la France semble les apprécier particulièrement. Je n’ai pas eu le temps d’aborder la combinaison entre les médias traditionnels et les médias sociaux pour traiter les différents événements, tendance forte aux Etats-Unis, absente en France (voir Eric Sherer). Cet entrelacement n’est pas nouveau aux Etats-Unis (voir déjà en 2009 lors de l’investiture de Barak Obama), on peut clairement se demander ce que les médias attendent pour l’expérimenter. J’enchaîne directement sur l’état des lieux des différents supports : le Minitel disparaît en juin (voir Le cycle de vie du Minitel), les médias ne semblent pas très pressés de tendre vers un design orienté web plutôt que papier pour leurs sites ; pour les smartphones, l’Android Market rattrape l’Appstore, Flipboard est enfin disponible sur nos téléphones ; sur la tablette tactile, rien de réellement nouveau si ce n’est son adoption considérable et les autres acteurs qui suivent, mais pas d’utilisation de toutes ces potentialités ; et bien évidemment n’oublions pas la télévision connectée et sociale, elle arrive, c’est son jour (voir Meta-Media pour un suivi). Les médias sociaux avaient leur rôle : Wikipedia, toujours présent ; la forte présence des journalistes sur Twitter, posant problème pour certains organes de presse comme l’Associated Press, elle pose alors des chartres de bonnes pratiques. The Guardian montre clairement que Facebook leur ramène du trafic, c’est une véritable porte d’entrée dans l’information pour certains usagers. Et n’oublions pas la présence de chaînes de télévision sur Youtube. Et ainsi de suite. Et j’ai terminé par dire et redire, encore une fois, qu’en France, nous n’avons toujours pas de laboratoire de recherche et développement dans les médias, à l’image par exemple du Beta620 du New-York Times, ou encore d’observatoires importants du paysage médiatique à l’image du Pew Research Center. Ne serait-il pas temps ?
Conclusion générale
Je leur ai dis de tenter de voir les deux documentaires récents, Page one sur le New-York Times et Les nouveaux chiens de garde. En revenant à l’actualité de la semaine passée, je leur ai dis de s’intéresser à la manifestation et grève en ligne contre la SOPA et la PIPA avec Wikipedia en leader, (nous y reviendrons très probablement lors d’une séances) ainsi que la fermeture de Megaupload. J’ai dépassé le temps d’une minute pour conclure sur le webzine trimestriel et le magazine annuel réalisé par les étudiants de la maison, Les Décloîtrés ont reçu un prix. N’hésitez pas à aller à La Cantine Numérique Rennaise, elle a fêté sa première bougie, et beaucoup d’événements autour des médias. Et enfin, the last but not the least, la mort de Steve Jobs !
Pourquoi j’en parle ? Pour les étudiants et tout autre lecteur susceptible d’être intéressé.