Equipement utilisé à l’ouverture de l’expérimentation Annuaire Electronique à Saint-Malo en Juillet 1980, Source : Bernard Marti, le père du Minitel, disponible sur Wikimédia.
La fin du Minitel est annoncée pour juin prochain. Bon je vous l’accorde, aujourd’hui l’Internet et tous les gadgets numériques tendent à rendre ridicule le fait de s’extasier devant un Minitel (Business Insider ne dit pas autre chose). Il s’agit d’ores et déjà d’une pièce de musée pour les nouvelles générations mais également pour les acteurs et les médias. Il y déjà nombre de conférences «nostalgiques», d’expositions dans des cantines ou des musées, et même des documentaires sans oublier la panoplie d’articles sur le Minitel. Par exemple, le documentaire Minitel Story (générique) de 2005,l’émission Place de la Toile sur France Culture de 2011, l’exposition et le table ronde d’Armorhistel de 2011, et ainsi de suite, et nous en verrons prochainement d’autres au cours des prochains mois. En même temps, le Minitel a fait de la résistance et est parvenu à doubler son espérance de vie puisque déjà en 1997, Lionel Jospin demandait de privilégier l’Internet et d’arrêter de s’acharner sur le Minitel. Mais voilà, il était encore très lucratif et bien contrôlé, la mise à mort n’était pas intéressante pour l’opérateur. Au début des années 2000, France Telecom avait même réalisé une grande campagne de communication autour du Minitel, histoire de... Par ailleurs, les usagers pro-Minitel, bien organisés, sont parvenus ces dernières années à repousser l’inéluctable mort du Minitel, chaque année annoncée, chaque année décalée. D’ailleurs, même aujourd’hui, France Telecom lui a donné six mois supplémentaires, pour avoir «une belle mort» ; tous les médias ont repris cette phrase, comme si une mort pouvait être belle, non mais où allons-nous ?
Que restera-t-il du Minitel ? Le Minitel Rose, groupe de musique d’origine nantaise. Je ne veux pas faire de polémique mais le résultat est que dans le derby Rennes - Nantes, c’est cette dernière qui va finalement gagner le match du Minitel :) Capture d’écran d’une vidéo Youtube du groupe, la publicité sur le côté est cousine du Minitel, celle insérée dans la vidéo du Minitel Rose, Google connaît bien l’histoire du Minitel :)
Je disais donc que cet objet est largement passé de mode. Rappelons simplement les caractéristiques du Minitel : un bloc de plusieurs kilogrammes, un écran et un clavier, au début il ne se referme aucunement, plutôt un poste fixe que portable donc, une game de couleur entre le marron, le beige et le gris, trop classe, un claver initial alphabétique au départ, un écran de 24 lignes et 40 colonnes, 6 nuances de gris en plus du noir et blanc, une connexion à une vitesse de 2 kilo-octets, un téléphone inutilisable pendant la connexion, une capacité de stockage nulle, une capacité de traitement nul, un vrai terminal des plus poussifs passifs, et pour compléter le tout, une durée de vie extrêmement longue (techniquement de l’ordre de 8 ans mais concrètement plus), autant dire il ne fallait pas s’attendre à de fortes améliorations à tout point de vue. J’oublie d’ajouter deux caractéristiques majeures : un coût d’usage relativement élevé, mais psychologiquement mis de côté par la centralisation à outrance sur la facture de téléphone, tous les deux mois. Bon d’accord, vous allez me dire que par la suite, le Minitel a subi quelques transformations non négligeables... pour terminer sur l’Internet. Mais soyons réalistes, excepté le côté kitsch d’avoir cela dans son salon, qui en voudrait aujourd’hui ? Si j’ai oublié d’autres caractéristiques aucunement sexys aujourd’hui, ou me suis planté sur d’autres, n’hésitez pas à me le dire :)
Petit graphique réalisé sur l’engouement des internautes pour le Minitel à partir des données sur le nombre de requêtes Google effectuées sur le mot «Minitel».
Bon mon histoire traîne en longueur. Surtout que j’étais juste là pour pour proposer une réponse possible à la question suivante : pouvons-nous mesurer l’évolution de l’engouement des internautes pour le Minitel ? Je me suis tourné vers le nombre relatif de requêtes effectuées sur le moteur de recherche Google (Google Insights for Search). D’un côté, même si les médias s’emparent du sujet Minitel, les requêtes ne demeurent différentes d’un cardiogramme plat qu’à chaque annonce de la fin du Minitel, dès lors que tous les médias s’y mettent, les usagers suivent (lien). D’un autre côté, les requêtes sur le web sont relativement faibles, en tendance contraire au nombre total de requêtes, et tendent littéralement vers zéro (lien). Sur les graphiques, nous n’avons pas ajouté le terme télématique, mot créé uniquement pour accompagner le Minitel, il est tout simplement nul au niveau des recherches. En conclusion, les internautes n’ont quasiment plus aucun engouement pour le Minitel, excepté peut-être ponctuellement lorsque les médias lui accordent un peu d’attention nostalgique. Et juste pour la forme, nous avons regardé les mots les plus associés aux requêtes sur le Minitel. Aucune surprise finalement : minitel gratuit, annuaire minitel, minitel rose et minitel internet. Et la Bretagne et Rennes sont la région et la ville où ses requêtes sont le plus souvent effectuées, terre créatrice du Minitel.
En conclusion, je tiens à préciser que tout cela ne change rien à l’aventure du Minitel : une véritable innovation associée à une stratégie de diffusion efficace. J’y reviendrais.
Pourquoi j’en parle ? Je crois qu’au départ Morgane m’avait demandé de trouver des données pour illustrer ses différents billets sur le Minitel. Je crois, je me suis un peu emporté en route.

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